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photo
book review
Family Games
photography by
Diane Ducruet
A première vue, toute la famille semble prendre un grand plaisir
à faire le pitre devant l’appareil. N’est-ce pas là
une famille d’artistes, où aucun n’éprouve le
moindre problème à révéler un visage joueur
ou à prendre une pause originale à mille lieues des photographies
familiales habituelles ? Mais à y regarder de plus près,
on s’aperçoit que le spectacle de ce jeu de rôle et
d’interactions intimes relève d’un art sérieux,
moins léger et frivole que prévu.
Dans un remarquable livre de photos intitulé Family Games, la photographe
française Diane Ducruet s’est libérée des recettes
habituelles, pour proposer une série stimulante de portraits mis
en scène et se jouer des idées de dynamique familiale, d’identité,
de contrôle, d’influence, de position de pouvoir ... L’oeuvre
devient un kaléidoscope de sous-entendus au fur et à mesure
que les membres de la famille se glissent dans leur rôles, puis
en sortent : mère, père, soeur, frère, fille, fils,
mari et femme.
Dans l’une des séries, les hommes de la famille (le père
et le fils) se dévoilent, nullement embarrassés de paraître
en sous-vêtements, malgré leurs ventres bedonnants, ni de
singer, dans des postures grandiloquentes, des peintures anciennes et
des statues historiques. Tandis que Ducruet met en scène ses scénarios
et prend ses photographies, sa mère redessine à la mine de plomb chacune
des poses, sous un angle légèrement différent. Dans
une attitude hilarante, le père prend la pose d’un archer
prêt à décocher une flèche invisible (voir
la couverture du livre). Ducruet le photographie de bas en haut, un pied
posé sur un rocher couleur lichen. Sa posture de Don Quichotte
des temps modernes lui donne un air un peu ridicule.
La mère de Ducruet dessine la même scène (en exagérant
peut-être la taille du ventre), et les deux vues – la photo
et le dessin – sont présentées côte à
côte. Il s’agit là d’une pose parmi d’autres
dans cette série où les femmes dirigent clairement la manoeuvre,
les hommes se contenant de suivre leurs instructions. Et si l’image
est amusante, elle dissimule des sous-entendus à haute tension.
Cette suite de photos familiales poursuit ses variations sur le thème
de l’influence, de la manipulation et du contrôle. Dans un
ensemble intitulé “Dialogues”, les visages du père
et de la mère de Ducruet sont à deux doigts de se superposer
dans d’étranges élans d’affection (ils se pincent
les joues, se mordillent, se prennent le nez). La métaphore est
clairement intentionnelle, les frictions, elles, ne semblent pas feintes.
Dans “Performances of the Ordinary”, Ducruet retourne l’appareil
vers elle-même avant de prendre des poses inconfortables et absurdes,
n’hésitant pas à se moquer de sa propre personne.
Dans l’une d’elles elle est assise, à moitié
nue, une énorme saucisse fourrée dans la bouche. Plus rien
ne semble sacré.
La séquence de “La mère et la fille” s’avère
encore plus troublante. Une série de portraits en noir et blanc
nous les montre alors qu’elles tentent chacune de tourner l’autre
en dérision, silencieusement, mais avec un grand sérieux.
Se jugent-elles l’une l’autre ? Se jalousent-elles ? Ou s’agit-il
de moquerie ?
Dans une dernière séquence judicieusement intitulée
“Pulling Faces”, Ducruet se replace au centre de la scène
dans des autoportraits décapants : son visage est tour à
tour tapoté, touchoté, pincé, pressé, étiré,
déformé et tiré par des mains hors cadre. S’agit-il
d’une métaphore des tentatives par nos parents et nos proches
de nous modeler, de nous structurer et de nous imposer leur vision de
l’adulte ? Ou est-ce l’image des pressions et des forces extérieures
face auxquelles nous devons lutter chaque jour pour nous affirmer en tant
qu’individus ?
Family Games est une oeuvre subtile, qui mérite une profonde attention.
— Jim Casper
English language version of this review.

Family Games
Photography by Diane Ducruet
Drawings by Sophie Ducruet
Texts by Milou
Box containing two books
48 pages each, 24 x 18 cm
September 2008
Publisher: Le Caillou Bleu
ISBN 9782930537023
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